Peindre pour protéger | Robert M. Deschenes peintre animalier

Publié le 29 mai 2026 à 09 h 04

Il y a quelques jours, à Montmagny, un homme s'est arrêté devant Autour des Palombes et a tendu la main vers la toile. Pas pour toucher,pour vérifier. Les plumes étaient-elles peintes ou collées là ? Je l'ai regardé faire et j'ai pensé : c'est exactement pour ça que je travaille.
Je travaille pour que quelqu'un s'arrête et se demande ce qu'il voit. Parce que quand on se pose cette question devant un tableau, on commence à se la poser dehors aussi.
Je passe des heures à peindre des espèces que les gens croisent sans les voir. Un Garrot à œil d'or sur le lac en mars. Un Bruant à gorge blanche dans le bois derrière la maison. Une Paruline qui fait escale quelques jours avant de continuer vers le nord. Je les peins en hyperréalisme parce que je veux que le tableau force la pause que la rencontre en nature n'oblige pas. On peut passer à côté d'un oiseau. On ne peut pas ignorer un tableau posé en face de soi.
Ce n'est pas de la militance. C'est plus direct que ça : on ne défend pas ce qu'on n'a jamais regardé en face.
Le Festival ornithologique de Montmagny, cette semaine, me l'a rappelé. Des centaines de personnes qui sortent leurs jumelles pour une Oie des neiges, qui s'arrêtent dix minutes pour un limicole sur la grève. Ce n'est pas un public de connaisseurs, c'est un public de gens qui ont choisi, ce matin-là, de regarder. Mon travail, c'est de prolonger ce regard jusqu'à dans un salon, jusqu'à sur un mur où la faune du Québec peut exister douze mois par année.
À Saint-Hubert, je suis secrétaire de l'Association des Riverains du lac. On replante des bandes riveraines, on travaille sur la qualité de l'eau, on essaie de garder un habitat viable autour d'un lac qui se transforme. Ce travail et ma peinture sont la même chose sous deux formes différentes. Dans les deux cas, je cherche à convaincre que la faune sauvage a sa place ici, dans notre quotidien. Pas seulement dans les parcs, pas seulement dans les documentaires.
Si quelqu'un achète une de mes toiles et commence à regarder les oiseaux par sa fenêtre, j'ai fait mon travail. Si une bande riveraine replantée abrite un nid de Canard colvert cet été, on a fait le nôtre.
Le beau attire le beau. Ça s'applique aux tableaux. Ça s'applique aux lacs.

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