Il pleuvait sans arrêt. Deux semaines de vacances au Bas St-Laurent, et la pluie ne voulait pas s’arrêter. C’était il y a plus de trente ans, chez ma mère, dont la résidence est adjacente à la rivière Madawaska. Les activités extérieures étaient à peu près impossibles, et l’ennui commençait à s’installer sérieusement.
C’est mon frère Michel qui a tout changé.
Plutôt que de subir le mauvais temps enfermés à l’intérieur, il a commencé à me montrer quelque chose que je n’avais jamais vraiment fait : regarder. Juste regarder. Autour de nous, attirées par la rivière, des dizaines d’espèces étaient actives et visibles — peut-être même plus à l’aise dans ce temps gris que nous l’étions. Michel m’a appris à repérer les silhouettes, à reconnaître les comportements, à distinguer les chants. À voir ce qui, jusqu’alors, n’était pour moi qu’un fond sonore que je n’entendais même plus vraiment.
Ces deux semaines de pluie ont planté une graine que je n’aurais jamais imaginée si persistante. Depuis ce séjour, je n’ai plus arrêté d’observer les oiseaux. Trente ans de sorties terrain, de jumelles, de rencontres avec la faune ailée du Bas-Saint-Laurent et de l’Amérique du Nord. Avec le temps, cette pratique est devenue le fondement de tout mon travail de peintre. Parce qu’on ne peut pas peindre ce qu’on ne connaît pas vraiment. Pas seulement de mémoire ou à partir d’une photo. Il faut avoir vu comment un héron tient son cou par temps couvert, comment la lumière change sur un plumage mouillé, comment une oie bernache ajuste ses ailes à deux mètres de l’eau avant de se poser. Ces choses-là, elles s’apprennent dehors, en regardant, patiemment.
C’est pour ça que participer à La Route des plumes, dans la MRC de Montmagny, a pour moi quelque chose de particulier.
Du 21 au 24 mai 2026, la région s’anime autour de la migration printanière, avec des visites ornithologiques guidées, des conférences, des initiations à l’observation pour les débutants, et une croisière aux petits pingouins au départ de Berthier-sur-Mer. Je serai sur les sites les 23 et 24 mai pour peindre en plein air, directement dans cet environnement que j’aime depuis toujours.
Peindre sur place, c’est une autre façon d’observer. Le pinceau ralentit le regard d’une manière que même les jumelles ne font pas. On remarque des choses qu’on laisserait passer autrement — la teinte exacte d’un reflet sur l’eau à cette heure précise, la façon dont la lumière traverse une aile en mouvement. La peinture de terrain et l’ornithologie partagent la même discipline de base : la patience, et une certaine humilité devant ce qui vit devant nous.
Mon exposition Regards Sauvages sera visible au 307, boulevard Taché Est à Montmagny les 23 et 24 mai, de 10 h à 16 h. Si vous passez par là, venez me dire bonjour. Et apportez vos jumelles.
Tout a commencé sous la pluie, au bord d’une rivière, grâce à un frère qui savait regarder les oiseaux. Trente ans plus tard, je les peins. La boucle est belle.
Grand Heron (Ardea herofias)
Acrylique sur panneau de bois
18 x 30 pouces
Collection privée
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